vendredi 8 février 2013

Réimpression de La Philosophie de la Liberté dans la traduction de Frédéric Kozlik

Le livre La philosophie de la liberté

 A propos de la traduction, qui peut surprendre, un extrait de l'introduction de Frédéric Kozlik:

 Nous voudrions terminer cette présentation par quelques réflexions sur notre traduction livrée au lecteur, considérations faites en pleine connaissance de l'existence impérissable du traduttore‑traditore, sempiternelle métamorphose d'interprète, émergeant, tel un inextirpable serpent de mer, à chaque transvasement linguistique ! Nombreux sont les passages dans l'œuvre de Rudolf Steiner où des touches se veulent d'aider le lecteur à mieux se situer par rapport à ce qu'est la Philosophie de la liberté. L'une de ces mentions compare cette œuvre à un organisme vivant dont il ne serait pas possible d'intervertir des organes ou autres constituants. La Philosophie de la liberté n'est ainsi pas à prendre comme un contenu de concepts, mais plutôt comme une partition de musique, exigeant du lecteur une participation chronologique. Et tout comme le sens d'une œuvre musicale ne réside pas, en fin de compte, dans la connaissance de tel motif ou de telle articulation harmonique, de même le sens de la Philosophie de la liberté réside moins dans la connaissance de son contenu que dans la participation active au déroulement, étape par étape, de son activité devenant de ce fait celle du lecteur. A y regarder de plus près, on s'aperçoit de plus que non seulement les chapitres et les paragraphes ne sont pas interchangeables, mais que les phrases elles‑mêmes, dans leurs structures internes, participent de cette construction non inversible. Le choix ayant guidé notre traduction est par conséquent le suivant : vu qu'une telle activité demandée au lecteur – processus assurément nouveau dans la production philosophique – est difficilement compatible avec le conventionnalisme de notre langue élaborée dans d'autres états de conscience, nous avons renoncé dans toute la mesure du possible à l'emploi idiomatique du français. Nous avons estimé possible de puiser dans la potentialité de notre langue tout de même non figée par des compilations passées d'auteurs, afin de permettre au lecteur l'abord de ce que la traduction d'un ouvrage tel que celui‑ci voudrait présenter : le cheminement de la pensée voulu par l'auteur. Et c'est ici que nous rappelons le caractère de compte rendu d'expérience que porte tout l'ouvrage, et que nous avons essayé de rendre au maximum pour l'essentiel du texte : non pas en nous attachant, comme on pourrait parfaitement le concevoir, à "épouser le style de l'auteur", mais en essayant de "rendre compte" d'une expérience intérieure, lucide car soudée à la pensée, nécessaire à l'abord de ce fondement de l'anthroposophie, et de ce fait acceptée par le lecteur, ne fût‑ce qu'à titre de renseignement. Il ne viendrait à l'idée de personne de croire qu'une simple prise de connaissance des idées d'un drame par exemple, puisse constituer une catharsis dont parlait Aristote. Le spectateur se doit, s'il veut pénétrer l'œuvre dans ce qu'elle est, de participer à toute l'articulation chronologique, pour vivre éventuellement une évolution de son moi. Ici, Rudolf Steiner réunit en l'authentique moi humain en devenir, la triade existant dès l'avènement par l'hellénisme de l'ère de la pensée, à savoir le divin, l'Univers, et l'individu pensant : monisme intégralement immanent pour Rudolf Steiner, devant être conquis pas à pas, et fondant ainsi par ce qu'il est et par ce qu'il exige, toute la science, dite spirituelle, que sera l'Anthroposophie. Le texte allemand ne fait pas partie, à proprement parler, du langage écrit au sens habituel de ce terme, même si l'on infléchit le regard sur l'écriture par la prise en considération de son caractère narratif, conformément d'ailleurs à l'épigraphe : ce texte préfigure, en fait et résolument, le futur message oral de son auteur, qui se déroulera dans ses formes publique et acroamatique durant un quart de siècle, donnant naissance à une œuvre de plus de trois cents volumes, rendue finalement entièrement publique par Rudolf Steiner lui‑même. Il est des textes qui constituent un véritable dialogue : monologue primordial de l'écrivain, se métamorphosant en dialogue par la complicité du lecteur reprenant pour son compte, et simultanément avec l'auteur imaginé présent, le message. En lisant – en pratiquant – la Philosophie de la liberté dans le texte, on ne peut s'empêcher de vouloir lire à haute voix cette composition, pour donner aux phrases un relief que l'écriture, inévitablement dépourvue de moyens diacritiques sur le plan des nuances sémantiques – mis à part l'esseulée italique –, appelle et ne peut donner. Le texte français ne peut ainsi, lui non plus, dans son essai de restitution fondamentale, être considéré comme un texte écrit et muet, que l'on balaierait simplement d'un regard niveleur dans la seule fixation de ses concepts, espérée aisée de surcroît. La Philosophie de la liberté demande une lecture à haute voix même si celle‑ci n'est ouïe qu'intérieurement. Ou plutôt la lecture qu'exige cette œuvre authentiquement dramatique : celle d'un drame de l'homme moderne... Et en fin de compte : un but essentiel de l'œuvre est de hisser le lecteur vers ce que Rudolf Steiner appelle la pensée pure. Ce que cette pensée est, apparaîtra au fil des développements ; mais l'une de ses caractéristiques peut dès maintenant être relevée : la pensée pure ne s'exprime plus par des mots. Le message écrit ou transposé n'est pas, de ce fait, une finalité linguistique. Toute écriture ne peut être qu'un prétexte pour son propre abandon, et renvoie par conséquent à ce qui, par essence, n'est plus exprimable : la jonction dans le penser entre le sensible et le suprasensible.

mercredi 23 janvier 2013

Devenir homme en se confrontant aux forces adverses. Notes prises au cours de la conférence de Philippe Aubertin à Colmar

Le conférencier commence par citer 4 versets de l'Evangile, qui sonnent pour lui comme une musique de J.S. Bach:
17. Ainsi tout bon arbre fait de bons fruits; mais le mauvais arbre fait de mauvais fruits.
18. Le bon arbre ne peut point faire de mauvais fruits, ni le mauvais arbre faire de bons fruits.
(Matthieu 7:15-20 )
Il est facile de voir autour de nous les mauvais fruits: scandales financiers, guerres, etc... Donc ils ont été cueillis au mauvais arbre.
On revient sur "la Chute": l'homme créé par Dieu a touché au mauvais arbre. Nous naissons déchus. Nous devons travailler à défier la chute, à réparer les dommages. Sinon les mauvais fruits vont abonder: le front de la guerre est en nous. Voulons-nous devenir hommes, tels que Dieu nous a prévus?
Nous avons subi des dommages en quittant le paradis, nos facultés se sont altérées, en premier lieu notre mémoire, nous avons perdu le souvenir de nos origines. D'où vient l'homme? L'homme a été voulu par une intelligence incréée: Dieu.
Les "scientifiques" disent que l'homme est né par hasard de l'interaction des forces naturelles.
Le hasard? C'est ce qui n'a pas de cause. Qu'est-ce qu'une cause? Une raison d'être. Raison = intelligence. C'est "une démonstration" de l'existence de Dieu. (Philippe Aubertin dit qu'il plaisante à moitié).
Le hasard: une contradiction (cause sans cause), une défaite de la raison.
P. Aubertin cite Léon Bloy: "Le hasard est le Dieu des imbéciles". C'est comme si on construisait une maison avec des ouvertures pour mettre des portes et des fenêtres, et qu'ensuite on bouche ces ouvertures avec des parpaings (on aurait une contradiction du même genre).
Léon Bloy: "Les anciens prophètes avaient la mémoire de l'avenir". Pour dire qu'on a perdu aussi avec la mémoire, la faculté d'anticiper l'avenir (des études sur des malades d'Alzeimer ont montré que les deux choses étaient liées.)
Dans ce monde où l'homme se retrouve amnésique, on est égarés. Le péché en grec se dit amartia, ce qui veut dire qui rate sa cible (il n'y a pas ce sens culpabilisant qu'on lui donne habituellement).
Jusqu'au Moyen Age les hommes avaient encore le souvenir de Dieu.
Puis à la Renaissance et au Grand Siècle l'homme s'est perdu
C'est maintenant le "struggle for life", lutte pour survivre dans un monde devenu incompréhensible (déjà à partir du XVIIéme siècle).
Descartes dit dans le Discours de la Méthode: "Car elles m'ont fait voir qu'il est possible de parvenir à des connaissances qui soient fort utiles à la vie, et qu'au lieu de cette philosophie spéculative, qu'on enseigne dans les écoles, on peut en trouver une pratique, par laquelle connaissant la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. "
La science moderne, pratique, utile, avait commencé à s'opposer à la scholastique.
Derrière cette attitude se cache un être spirituel: Ahriman (la "mauvaise pensée" des Mazdéens). L'homme a oublié son père, Ahriman se présente comme le père qui manque. Il est sous la terre et non au ciel. Ahriman cherche à nous modeler à son image: génial, pratique, intelligent ("Notre père qui est sous terre"). Nous sommes des renégats.
La vision du monde d'Ahriman se développe suivant trois axes. Le monde doit apparaître comme 1) fonctionnel, 2) logique et 3) calculable.
  1. Fonctionnel = utile, vision fonctionnelle du monde, le monde comme mécanisme. Le contraire d'un mécanisme? C'est un organisme. On y perd le concept de vie.
  2. Logique: nous voulons des liens logiques entre les choses. La logique s'exprime par l'articulation "si ... alors..." (déterminisme mécaniste). La logique s'oppose au Logos (le verbe créateur)
  3. Calculable: Galilée (1623) a dit, en bref: Le livre de la nature est écrit en langage mathématique. (voir le lien que je (Pierre Moine) donne: http://www.irem.univ-montp2.fr/L-efficacite-des-mathematiques-est). Les hommes ont interprété: la nature est écrite en langage algébrique à déchiffrer. Dès lors tout est devenu nombre et chiffre. Tout chiffrer: la loi du nombre. Le qualitatif s'efface derrière le quantitatif (chiffré). La "Musique des Sphères" se résume à des chiffres. Par là dessus est apparu l'ordinateur (mention faite de Turing, l'Enigma, le Département du chiffre pour décrypter le code secret des allemands pendant la guerre).
La nature se trouve doublée par un monde qui fonctionne par lui-même pour lui-même. Il se crée une monde-machine dans lequel nous vivons.
Citation de Maurice Dantec: "Monde-machine = monde-camp" (idée d'emprisonnement).
Machine vient du grec Mekane, les machines à l'origine étant des machines militaires, des pièges destinés à tromper l'ennemi.

Un avenir sans Dieu c'est aussi un avenir sans homme.
Le choix: un monde inhumain où nous n'avons aucune place, ou ... quoi d'autre?
Comment se situer contre cela?
Solution "écolo"? Pas d'ordinateur, aller à vélo etc...? - non
Il faut retrouver la mémoire.
Dans la République de Platon, on a le mythe d'Er (cité par moi: http://fr.wikipedia.org/wiki/Mythe_d'Er_le_Pamphylien).
Dans ce mythe les âmes passent le fleuve du Léthé (de l'oubli).
Aléthéa c'est le non-oubli, c'est le mot grec pour dire la vérité.
Donc pour retrouver la mémoire il faut cultiver la vérité.
La vérité? C'est l'adéquation avec ce qui est ("la réalité", "Wirklichkeit" en allemand. Ce qui est (l'être) c'est Dieu. Il faut être en adéquation avec l'être.
Dans les évangiles on utilise l'expression Faire la vérité. C'est à dire faire ce qu'il faut dans la situation où l'on se trouve, agir en adéquation. La Christ dit encore: "celui qui est de la vérité, entend ma parole. Et encore: "Je suis la vérité". En adéquation avec tout ce qui est. "Je suis de la vérité".
La Révélation: le Logos est devenu humain en la personne de Jésus. Toute pensée qui se rapproche du Christ se rapproche de la vérité de la Révélation. (le Christ = présence du monde spirituel à l'intérieur de l'homme)
Si nous laissons les pensées se penser en nous nous faisons un travail de l'ordre de la vérité. Laissons les pensées nous dire qui elles sont.
Le hasard n'est pas un concept. Nous arrivons à un temps où ne plus faire de philosophie.
Philippe Aubertin cite Jacques Maritain (écrivain Thomiste): "Vraiment les philosophes jouent un jeu étrange. Ils savent bien qu’une
seule chose importe, et que toute la bigarrure des discussions subtiles recouvre une unique
question : pourquoi sommes-nous nés sur la terre ? Et ils savent aussi qu’ils ne pourront jamais
répondre. Cependant ils continuent à se distraire gravement. Ne voient-ils donc pas qu’on vient
vers eux de tous côtés, non par désir de partager leur habileté, mais parce qu’on espère recevoir
d’eux une parole de vie ? S’ils ont de telles paroles, pourquoi ne les crient-ils pas sur les toits, en
demandant à leurs disciples de donner, s’il le fallait, leur sang pour elles ? Sinon, pourquoi
souffrent-ils qu’on croie recevoir d’eux ce qu’ils ne peuvent pas donner ? Ah ! de grâce, si jamais
Dieu a parlé, si en quelque endroit du monde, fût-ce sur le gibet d’un crucifié, il a scellé sa vérité,
dites-le nous, voilà ce que vous devez nous apprendre : ou bien êtes-vous maîtres en Israël pour
ignorer ces choses ? Dès qu’il s’agit des choses divines et de notre salut, c’est à cette question qui
prime tout : y a-t-il une Révélation ? qu’il faut répondre d’abord.
C’est ainsi que la raison conduit le philosophe jusqu’à un vivant plus grand que lui, et dont le
nom est ineffable. Et certes, arrivé là, il pourra apprendre de quoi renouveler sa science de fond en
comble. Mais le philosophe suivra-t-il la raison jusqu’au bout ?"
Il faut rétablir la vérité en tout.
Les scientifiques demandent: comment la vie a-t-elle surgi de la mort?
Et si on inversait les termes: Comment la mort a-t-elle surgi de la vie? On en fait une question spirituellement féconde. La réponse : la Chute.
Le siècle des Lumières a vu l'apparition des libres-penseurs (athées, anarchistes ...)
Mais la pensée chrétienne est libre par excellence.
Qu'est-ce que la liberté? L'évangile: la vérité vous rendra libres.
On peut opposer deux libertés:
  1. Liberté selon la chair (corps et âme), liberté de faire ses désirs, impraticable. Nos penchants nous font pencher du côté de la Chute!.
  2. Liberté spirituelle. Il faut nous dépouiller de tous nos désirs. Se dépouiller de soi. Léon Bloy: "Vous voudriez comprendre comment la prescience de Dieu peut se concilier avec la liberté humaine. Ah ! pour moi, c'est bien simple. C'est comme si vous me disiez que vous ne comprenez pas comment l'idée du nombre trente peut se concilier avec l'idée du nombre cinq multiplié par le nombre six, ce que je ne comprends pas davantage. Je sais, sans pouvoir le comprendre, que la prescience divine et la liberté humaine n'ont aucun besoin d'être conciliées parce qu'elles sont exactement, absolument, essentiellement et consubstantiellement la MÊME CHOSE..." L'exercice de la liberté consiste à se dépouiller de sa volonté propre. Encore Léon Bloy: "la prière est le travail des hommes libres".
Philippe Aubertin cite Rudolf Steiner: "l'entêtement est mortel".
Il mentionne Angèle de Foligno.
Etre libre est un acte individuel.
L'avenir de l'homme est d'être libre.
Miracle en grec se dit dynamis (puissance). Le Christ a fait des miracles pour ceux qui croyaient.

En opposition aux transhumanisme où les hommes doivent s'augmenter d'eux-mêmes par les machines,
il faut se diminuer de soi et devenir hommes libres (chrétiens). Il n'y a pas d'autre voie.

dimanche 16 décembre 2012

La philosophie de la liberté

La philosophie de la liberté est une œuvre fondamentale de Rudolf Steiner, fondateur de l'Anthroposophie (voir les articles de Wikipedia:
)

Sur elib.com on peut trouver l'original en allemand, ainsi que différentes traductions anglaises, espagnole et russe, dans le domaine public.

lundi 26 mars 2012

Conférence de Philippe Aubertin: Le Christ vivant aujourd'hui

Conférence donnée à Colmar, le 9 mars 2012. Résumé de la conférence d'après mes notes:

Introduction de Doris Dodrimont: Philippe Aubertin est un chercheur du sens de la vie. Le Christ vivant aujourd'hui, c'est une réflexion sur le "Chemin du milieu"

Philippe Aubertin:
C'est périlleux de soulever un tel sujet aujourd'hui dans un monde sans Dieu(s).
Il y a actuellement 2 blocs entre lesquels il faut choisir son camp: Le bloc "Foi, religion", le bloc "Raison".
Entre les deux il y a le territoire de la métaphysique, en friche depuis Kant.
S'intéresser aux choses de l'esprit tout en y habitant une saine pensée, c'est le territoire de la  métaphysique. La science spirituelle de Rudolf Steiner est une métaphysique.
L'objet de la métaphysique est l'être: qu'est-ce que l'être? On admet qu'il existe "quelque être", et que l'être ne peut pas naître du néant. Le néant n'est pas un concept.
Il y a trois grandes métaphysiques:
  • La métaphysique orientale, pour laquelle le monde sensible n'est pas l'être, mais une illusion. Le seul être est Brahma.
  • La métaphysique occidentale grecque: le seul être est le monde sensible. C'est cette conception qui est en vigueur actuellement.
  • La métaphysique hébraïque: le monde sensible n'est pas un mirage, mais il existe un monde créé et un monde incréé, c'est ce dernier qui a créé le monde sensible. C'est la métaphysique chrétienne.
Laquelle est vraie?
L'homme souffre, sa souffrance n'est pas illusoire (contrairement à la conception orientale).
L'univers  a un commencement, une corruption, une fin (peut-être), c'est la grande découverte de la science moderne (le Big Bang). Ceci est contraire à la métaphysique occidentale (grecque). L'univers n'est donc pas l'être absolu. Cette idée se trouve dans la Genèse. Philippe Aubertin dit qu'il est l'auteur de cette démonstration (sans fausse modestie).
Dieu est l'être incréé, l'absolu.
La bible apparaît comme un "précis" de métaphysique.
"Puis Dieu dit: que la lumière soit..."
Dans l'évangile de Jean le monde s'est fait par la parole. Logos=fait de parler. La parole de Dieu est un être en soi (le Logos). Tout a été fait par le Logos et "rien de ce qui est n'a été fait sans lui".
Le monde est Logique. L'homme est un être logique (=conforme au Logos). Le Logos est venu "dresser sa tente parmi nous" (habiter). C'est le Christ. L'homme est à l'image de Dieu. L'homme est un être christologique.
L'homme a trois grandes facultés:
  • la connaissance (faculté de nommer les choses). L'homme peut connaître le Logoi, la charge divine qui est dans les choses, leur raison d'être.
  • la faculté désirante : désirer être comme Dieu
  • la faculté "irascible" La colère pour écarter de son chemin ce qui n'est pas Dieu, écarter les démons.
Dieu "a fait l'homme a son image et à sa ressemblance". L'image, c'est le modèle, le "programme" (le patron en couture). La ressemblance, c'est le résultat, qui doit être conforme au Père (Dieu). L'image c'est l'alpha. La ressemblance c'est l'oméga. La finalité de l'homme est de se rendre conforme à Dieu.
Un saint orthodoxe a dit: La fin des choses réside toujours dans leur cause.
Mais, il y a eu un "pépin" dans ce plan. L'homme a été créé libre, et a succombé au péché originel. L'homme a voulu ressembler à Dieu en se passant de Lui. Il s'est coupé de Dieu. Il a alors perdu ses trois facultés:
  • Il ne voyait plus le Logoi dans les choses, les objets lui apparaissaient dans leur absurdité, dans une multiplicité horizontale.
  • La faculté désirante est tombée en déchéance, est devenue le désir des objets, la recherche du plaisir dans le monde sensible, avec l'insatisfaction et la frustration permanente qui s'ensuit.
  • la puissance irascible s'est exercée à l'encontre des autres hommes.
En s'éloignant de Dieu l'homme s'est éloigné de lui-même, il s'est dégradé. L'homme avait perdu sa nature christologique.
Mais: le Christ est venu pour restaurer la nature originelle de l'homme, restaurer son empreinte, sauver son humanité. Le Logos s'est fait homme lors du baptême dans le Jourdain. Le souffle de l'esprit est descendu et a demeuré au-dessus de Jésus. Sans mélange: coopération entre l'homme Jésus et l'être du Christ, pour que l'homme ait la puissance (exusiai) de redevenir enfant de Dieu. Jésus Christ est devenu la "cellule souche" de la nouvelle humanité (le nouvel Adam), qui a retrouvé la mémoire de son humanité (= de sa divinité).
La première parole du Logos, qui parle par une bouche d'homme a été: que cherchez-vous? (que cherches-tu? = où demeures-tu?).
Les sept péchés capitaux (8 pour les orthodoxes, avec la tristesse, la dépression): ces 7 passions sont les générateurs des autres péchés. Le principal est l'orgueil, le péché originel. Le moi = s'identifier à ses passions. Ce que dit Rousseau est faux, l'homme ne naît pas bon et heureux, mais dégradé.
Son travail d'homme est de lutter contre ces péchés.
Quel générateur déployons-nous pour nous relier à Jésus-Christ?
Une instance supérieure nous dit: ce "moi" ce n'est pas toi.
Cette instance est "je suis". "je suis" est différent de "moi".
"Moi" c'est ce pack de vices.
L'instance qui ne veut pas cela est "je suis".
Dieu lui-même a donné ce nom. Que dit l'être absolu: "je suis", c'est le nom propre de l'être absolu.
"Je suis" est le plus intime de moi-même. "Je suis" en moi prend "moi" par les cheveux pour m'éloigner de mes passions.
Dieu répond à Moïse (Exode III 14): Je suis celui qui suis. Celui qui s'appelle "je suis" m'a envoyé vers vous.
Dans l'évangile de Jean, la samaritaine dit "je suis".
" je suis" = désintéressement, "moi" est au service de mes intérêts. Le Christ est un "anti-Narcisse".
Nous devons retourner nos puissances à Dieu. "Il faut qu'il croisse et que je diminue" (Jean-Baptiste) ce qui veut dire: il faut que "je suis" croisse et que "moi" diminue. La cellule souche de l'humanité restaure.
Mais on ne peut pas servir deux maîtres à la fois: l'attitude de chute n'est pas compatible avec l'attitude christique.
Quel chemin pour passer de "moi" à "je suis"? C'est un chemin personnel. Il y a 3 pistes:
  • lire les évangiles (= mode d'emploi de l'humanité nouvelle). Il faut lire ou plutôt "déplier" les évangiles (voir la 1ere épitre de Jean)
  • lutter pied à pied contre chacune de nos passions
  • cultiver une science spirituelle (voir les choses dans leur Logoi). Rudolf Steiner est l'instigateur de cette science spirituelle.
"Je suis la vie": le Christ est présent dans tous les phénomènes vivants. La lumière est invisible comme la vie est invisible, on voit les objets éclairés et on voit les êtres vivants. Toutes les formes de vie: la vie biologique, la vie relationnelle, la vie de la connaissance dans les pensées. Si nous maintenons nos pensées en vie le Christ habitera nos pensées. "Sans moi, vous ne pouvez rien" (Evangile de Jean).
Une image conclusion sur la difficulté de vivre ensemble socialement. Le premier commandement est : Aimez Dieu, retournez vous, aimez votre prochain, comme cette image de Saint Dorothée de Gaza:

 Le Christ est le moyeu de la roue. Les rayons sont les trajectoires humaines. Si on s'éloigne de Dieu on s'éloigne de son prochain. Une société humaine qui place en son centre autre chose que le Christ n'a pas d'avenir. Le Christ n'est pas le représentant d'une religion.

mercredi 28 juillet 2010

Pologne

J'ai vu hier à la télé polonaise "Le sacrifice" de Tarkowski, visiblement inspiré par l'anthroposophie (voir l'exercice systématique répété chaque jour). Un article mentionne une influence possible de Léon Chestov (Lev Shestov pour les recherches en anglais). En surfant je tombe sur un site Gnostique , intéressant. Aussi le site sur Chestov:
Je télécharge quelques ouvrages de Shestov sur archive.org. Je lis sa conception de la théorie de la connaissance.

vendredi 28 mai 2010

Visite au Goetheanum

Visite au Goethenanum pour y amener des livres des éditions Paul de Tarse à Illfurth.
Quelques photos:











mercredi 21 avril 2010

Le mystère de l'abîme

Notes prises lors de la conférence de Philippe Aubertin le 26 mars 2010 à Colmar

Introduction d'Antoine Dodrimont: la conférence de Philippe Aubertin a pris le caractère d'un rendez-vous annuel. Philippe Aubertin est un chercheur. Il pose des questions. Rudolf Steiner a dit qu'on ne résoud pas les problèmes parce que les questions sont mal posées.

Philippe Aubertin:

Introduction:
L'abîme: 2 auteurs en ont parlé (outre les poètes), Jean Tauler et Rudolf Steiner
Rudolf Steiner a parlé dans une conférence en 1906 des 7 mystères inexprimables ou indicibles:
1) Le mystère de l'abîme
2) " " du nombre
3) " " de l'alchimie
4) " " de la mort
5) " " du mal
6) " " de la parole (logos)
7) " " de la félicité de Dieu
Dans l'ordre du moins occulte au plus occulte, dans l'ésotérisme chrétien.
Qu'est-ce qu'un mystère? Grec "se fermer" donc caché (occulte)
Une autre interprétation: c'est nous qui nous cachons des mystères. Le mystère est évident mais nous ne le voyons pas. Myope (même racine). Le mystère est tellement lumineux que nos ténèbres ne le voient pas. En fait nous ne pouvons pas voir la lumière, on ne voit que les objets que la lumière éclaire. (comparaison utilisée par les mystiques rhénans). Gustave Thibon:
Ce n'est pas tant la lumière qui manque à notre regard que notre regard qui manque à la lumière
Donc mystère => enlever le trouble qui est en nous. Poser les problèmes le plus clairement possible.
L'abîme: Grec "sans fond", faille, béance avec deux rives => dangereux. Cette menace est consubstantielle à l'être humain. Nous sommes angoissés, on ne sait jamais, le monde est un piège. Angoisse de la chute. Le fait d"être au monde, notre être au monde: qu'est-ce qu'on fait là? Il faut interroger la métaphysique=science de l'être, abandonnée depuis deux siècles (la physique=science du comment) . Foisonnement des métaphysiques! Mettre de l'ordre dans cette forêt. (Philippe Aubertin nous dit que ce problème des métaphysiques le travaille depuis plusieurs années.) Trouver les métaphysiques principales. Se référer à Claude Trémontant (théologien hébraisant). Affirmons qu'il existe trois grandes métaphysiques principales:
1) La grande tradition moniste de la civilisation hindoue, acosmique (apparue en 8000, 7000 ans avant Jesus-Christ)
2) La grande tradition matéraliste grecque (-800, -700 AJC)
3) La grande tradition hébraïque puis chrétienne (-2000 AJC)
e
Il se pose 3 grandes questions:
1) La nature de l'être
2) La chute (le mal)
3) Pourquoi vit-on?

Il y a 3 points commmuns à ces métaphysiques:
1) Il existe de l'être premier (d'avant tout le reste). Un être nécessaire, conditionné par rien, dont la seule fonction est d'être = absolu
2) Le néant n'existe pas. L'être ne peut pas sortir du néant. C'est un trompe-l'oeil. Victor Hugo:
Il n'y a pas de néant
Tout est quelque chose, rien n'est rien
Ou Bergson, dans "La pensée et le mouvant"
3) Cet être absolu est sans commencement, sans corruption, sans fin

Les différences:
A) Le monisme Hindou:
1er point: l'être premier n'est pas de ce monde. Ce monde est une maya sans réalité, le seul être est Brahman (pour Plotin c'est l'Un).Bagavad Gita, Platon, Plotin (néoplatoniciens), les gnostiques, les kabbalistes, Spinoza, Schelling, Fichte

2eme point: l'angoisse ontologique (du fait d'être). La matière monde illusoire dont nous sommes prisonniers (matière = mal), c'est un lieu où il ne faut pas rester, il faut retourner à l'Un.

3eme point: pourquoi vit-on? Pour retourner à l'Un. Pour rompre la chaîne des souffrances. Donc morale (=quelle est la vie bonne?) de l'ascétisme, acceptation, patience, douceur.
Cette métaphysique est le vieux fond humain, nous en venons tous.

B) La métaphysique grecque matérialiste
1er Point: L'être premier est l'univers sensible (cosmos) Aristote a parlé du Cosmos sans genèse, incorruptible, sans fin. C'est l'essentiel de notre culture actuelle.

2eme point: la Chute: le mythe sumérien (puis égyptien) du chaos originel, matière indifférenciée, les dieux naissent de ce chaos (théogonie). La nature indifférenciée, en grec "apaeiron", ce que nous appelons la matière. (Hésiode, Anaximandre).
Il y a deux branches de cette métaphysique:
1ere branche Pour Anaxagore de ce chaos est né le "noûs" (principe d'intelligence organisatrice, séparatrice). Pour Platon (Thymée) le démiurge. L'élément de désordre résiduel c'est le mal.
2eme branche A partir du Chaos (du fait du hasard) on a des atomes qui tombent et par des chocs entre eux, forment les objets (Lucrèce: de natura rerum). Donc la multiplicité des atomes opposée à l'Un.

3eme point: Pourquoi vit-on? Ne pas chercher à aller ailleurs que là où on est (principe d'ordre). Ulysse rencontre Calypso, mais préfère rentrer chez lui plutôt que d'être immortel. C'est la Hierarchie (chacun à sa place), le mainstream stoïcien. L'ataraxie d'Epicure pour rester à sa place dans le Cosmos.

Remarque sur ces deux métaphysiques: La première métaphysique est inspirée par Lucifer (quitter la Terre, l'Un, principe de généralisation)
La deuxième métaphysique est inspirée par Ahriman (l'homme reste dans la matière). Ahriman adore ce qui est innombrable (voir le nombre de 0 et de 1 qui voyagent sur les cables d'internet, le nombre de transistors sur une puce de microprocesseur)

C) La métaphysique hébraïque: La genèse.
Remarque ne pas confondre métaphysique et religion = métaphysique + rituel
Contrairement à la métaphysique moniste, le monde est une réalité, mais à la différence de la métaphysique grecque, ce n'est pas l'être absolu. Il y a deux êtres: incréé l'être absolu; créé, subordonné à l'être incréé.

1er point: Citation de la Genèse: au commencement les Elohim ont créé les cieux...
Le monde est le résultat d'un geste créateur donc la matière n'est pas le mal. L'intelligence est première, la création est tissée d'intelligence divine. Tout ce qui existe est informé par Dieu. Toute création est consubstantiellement intelligente (contrairement à ce que dit Kant). L'apparition des choses par hasard est impossible (voir l'intelligence contenue dans le DNA). Une erreur de copie (le hasard) fait au contraire perdre de l'information.

2eme point: La Chute. Adam et Eve se sont cachés= ils se sont occultés du paradis. Responsabilité humaine. Rudolf Steiner dit que le contact avec la matière s'est fait trop tôt (précipitamment -> précipice). Nous naissons déchus. (contrairement à ce que dit Rousseau, pour qui l'homme naît heureux et bon, et que la société dégrade). En fait c'est l'ignorance où l'homme est qui fait qu'il reste abîmé et dégradé. L'idée de l'homme bon conduit à la théorie du libéralisme économique: laisser faire les marchés (Rousseauisme). Joseph de Maistre dans les entretiens de St Petersbourg écrit: on ne peut rien expliquer de sérieux sans le péché originel. C'est la métaphysique chrétienne.

3eme point: pourquoi on vit: les prophètes (qui communiquent avec Dieu). La finalité de l'homme est de participer en tant qu'être créé à l'être incréé, devenir, passer de notre statut naturel à un statut surnaturel. Devenir totalement homme et totalement Dieu. C'est le point Oméga. Une union sans séparation mais sans mélange. Le Christ est totalement homme et totalement Dieu. Le Christ est l'Omega.
Le mal est alors ce qui empêche cette transformation. C'est lui qui cache le point Omega. On a alors le schéma suivant: l'abîme, et sur un bord le naturel, créé, sur l'autre bord le surnaturel, incréé. Il faut passer par dessus l'abîme. Comment on fait? L'être absolu? Dans un seul passage de l'ancien testament, Dieu dit à Moïse: l'Eternel dit: je suis celui qui suis. "Je suis" est le nom propre de l'être. Le "je suis" créé (je suis Pierre, je suis prof ...) c'est des béquilles. Faire l'expérience d'un "je suis" conditionné par rien, nécessaire. Jésus dit: Nul ne vient au Père sinon par moi. C'est le royaume de Dieu, la vie éternelle. Jean-Paul Richter écrit:
Un matin, me vint du ciel une idée : je suis un Moi, qui dès lors ne me quitta plus ; mon Moi s’était vu lui-même pour la première fois, et pour toujours
. Mais à cause de la liberté, nous devons vouloir travailler à passer à ce surnaturel. Philippe Aubertin illustre ce but de l'homme à l'aide du Groupe Sculpté de Rudolf Steiner.